Langue   

Marschlied 1945

Erich Kästner


Langue: allemand



[1945]
Versi di Erich Kästner, composti all’epoca del suo impegno nelle produzioni di cabaret letterario al Die Schaubude di Monaco (1945-48).
Musica di Edmund Nick (1891-1974), compositore e direttoe musicale tedesco

Colonia, Germania, 1945, foto di John Florea.
Colonia, Germania, 1945, foto di John Florea.


Germania, 1945. Una strada di campagna. Il relitto di un carrarmato in un campo. Una giovane donna vestita con abiti da uomo, una vecchia giacca e un paio di pantaloni consumati, in cammino verso chissà dove. Tutto quello che le è rimasto: uno zaino, una valigia e la testa ancora sul collo, soltanto la vita, sullo sfondo di una Germania distrutta…

Dessau, Germania, 1945, foto di Henri-Cartier Bresson.
Dessau, Germania, 1945, foto di Henri-Cartier Bresson.
Prospekt: Landstraße. Zerschossener Tank im Feld. Davor junge Frau in Männerhosen und altem Mantel, mit Rucksack und zerbeultem Koffer.

In den letzten dreißig Wochen
zog ich sehr durch Wald und Feld.
Und mein Hemd ist so durchbrochen,
daß man's kaum für möglich hält.
Ich trag Schuhe ohne Sohlen,
und der Rucksack ist mein Schrank.
Meine Möbel hab'n die Polen
und mein Geld die Dresdner Bank.
Ohne Heimat und Verwandte,
und die Stiefel ohne Glanz, -
ja, das wär nun der bekannte
Untergang des Abendlands!

Links, zwei, drei, vier,
links, zwei, drei –
Hin ist hin! Was ich habe, ist allenfalls:
links, zwei, drei, vier,
links, zwei, drei –
ich habe den Kopf, ich hab ja den Kopf
noch fest auf dem Hals.

Eine Großstadtpflanze bin ich.
Keinen roten Heller wert.
Weder stolz, noch hehr, noch innig,
sondern höchstens umgekehrt.
Freilich, als die Städte starben ...
als der Himmel sie erschlug ...
zwischen Stahl- und Phosphorgarben
damals war'n wir gut genug.
Wenn die andern leben müßten,
wie es uns sechs Jahr geschah –
doch wir wollen uns nicht brüsten.
Dazu ist die Brust nicht da.

Links, zwei, drei, vier,
links, zwei, drei –
Ich hab keinen Hut.
Ich hab nichts als:
links, zwei, drei, vier,
links, zwei, drei –
ich habe den Kopf, ich hab ja den Kopf
noch fest auf dem Hals!

Ich trage Schuhe ohne Sohlen.
Durch die Hose pfeift der Wind.
Doch mich soll der Teufel holen,
wenn ich nicht nach Hause find.
In den Fenstern, die im Finstern
lagen, zwinkert wieder Licht.
Freilich nicht in allen Häusern.
Nein, in allen wirklich nicht...
Tausend Jahre sind vergangen
samt der Schnurrbart-Majestät.
Und nun heißt's: Von vorn anfangen!
Vorwärts marsch! Sonst wird's zu spät!

Links, zwei, drei, vier,
links, zwei, drei –
Vorwärts marsch, von der Memel bis zur Pfalz!
Spuckt in die Hand und nimmt den Koffer hoch.
Links, zwei, drei, vier,
links, zwei, drei –
Denn wir hab'n ja den Kopf, denn wir hab'n ja den Kopf
noch fest auf dem Hals!

envoyé par Bernart Bartleby - 27/3/2014 - 11:19




Langue: français

Version française – MARCHE 1945 – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Marschlied 1945 – Erich Kästner – 1945

Texte d'Erich Kästner, composé à l'époque de son engagement dans les productions de cabaret littéraire à Die Schaubude de Munich (1945-48).
Musique d'Edmund Nick (1891-1974), compositeur et directeur musical allemand



Allemagne, 1945. Une route de campagne. L'épave d'un char dans un champ. Une jeune femme vêtue avec des vêtements d'homme, une vieille veste et un sorte de pantalon usé, en chemin vers on ne sait où. Tout ce qui lui est resté : un sac à dos, une valise et la tête encore sur le cou, seulement la vie, sur le fond d'une Allemagne détruite…
MARCHE 1945

Au cours des trente dernières semaines
J'ai beaucoup erré par les forêts et les prés.
Et ainsi ma chemise a crevé,
À ne plus pouvoir la mettre.
Je portais des souliers sans semelle,
Et mon sac à dos est mon seul bagage.
Les Polonais ont pris mes meubles
Et la Dresdner Bank, mon argent.
Sans patrie et sans famille,
Sans avenir, sans présent,
Voilà bien la fameuse
Décadence de l'Occident !

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Ici est ici ! Je n'ai rien d'autre :
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Si j'ai ma tête, moi j'ai encore ma tête
Solidement plantée sur mes épaules.

Je suis une plante de grande ville.
Qui ne vaut pas lerche.
Ni fière, ni brillante, ni exubérante,
Mais plutôt le contraire.
Quand même, les villes meurent…
Le ciel les a tuées…
Sous des gerbes de phosphore et d'acier
Pour cela nous étions assez bonnes.
Si les autres devaient vivre,
Ce qui durant six ans nous est arrivé –
Mais nous ne voulons pas nous vanter.
En plus, il n'y a pas de quoi rire.

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Ici est ici ! Ce que j'ai, est tout juste :
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
J'ai ma tête, moi j'ai encore ma tête
Solidement plantée sur mes épaules.

Je porte des chaussures sans semelle.
Dans mon pantalon, le vent siffle.
Mais le diable me prendra,
Si je ne trouve pas de toit.
Aux fenêtres, qui sont
Dans l'obscurité, la lumière cligne.
Mais pas dans toutes les maisons.
Non, vraiment pas dans toutes…
Mille ans ont passé
Emportant la moustache et le chancelier.
Et maintenant il faut : Commencer sans retard !
En avant marche ! Bientôt, il sera trop tard !

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Ici est ici ! Ce que j'ai, est tout juste :
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
J'ai ma tête, moi j'ai encore ma tête
Solidement plantée sur mes épaules.

envoyé par Marco Valdo M.I. - 6/11/2014 - 23:01




Langue: italien

Introduzione e traduzione italiana (parziale) di Paola Sorge e versificazione di Giulio Tamburrini, da “Kabarett! Satira, politica e cultura tedesca in scena dal 1901 al 1967”, a cura di Paola Sorge, Lit Edizioni, 2014.

“Su un piccolo palcoscenico si susseguono gag, recite di testi letterari, danze grottesche e parodie di opere liriche. Poi si presenta in scena una giovane donna dai capelli neri, lo sguardo fiero; sta ritta in piedi davanti a un carro armato distrutto, avvolta in un vecchio cappotto, zaino sulle spalle, una vecchia valigia in mano. Intona una marcetta che via via aumenta di volume.



È il Marschlied ’45. Ebbe subito un successo trionfale grazie al suo ritmo martellante e alla bravura dell’interprete, Ursula Herking. Divenne subito l’inno del Kabarett rinato dalle macerie. La sera della “prima”, la Herking, che della Schaubude divenne in breve la star, cantò la marcetta scritta da Erich Kästner con il cuore in gola. Era la prima canzone satirica che andava in scena a Monaco dopo tanti anni di silenzio. Come avrebbe reagito il pubblico? Appena si spense l’ultima nota, ci fu un silenzio di tomba. La cantante pensò di aver sbagliato tutto, di aver fatto una figura penosa. E invece, dopo qualche attimo, scoppiò un applauso fragoroso che la fece piangere di commozione.
La Schaubude divenne in breve il Kabarett politico-letterario più importante del dopoguerra. Era diventata una grande famiglia dove si parlava dei mali comuni e dove si trovava la forza di superarli ridendoci sopra.
MARCETTA 1945

Le mie scarpe hanno perso la suola,
fischia il vento nel mio pantalone.
Che mi prenda un bell'accidente
se la strada di casa non trovo.

Le finestre che prima eran buie
ora splendon di vivida luce,
certo no, non in tutte le case,
non in tutte s’accende una face.

Son passati ormai mille anni
dalla supermaestà con i baffi,
va di moda la nuova canzone:
su, ricomincia, comincia da capo!

Avanti marsch, in cammino,
sennò troppo tardi si fa.
Sinistr, destr, due e tre,
non ho più cappello ahimè!

Tutto quel che mi resta e possiedo:
sinistr, destr, due e tre.
Anche se sono prossima al crollo
la mia testa l’ho salda sul collo.

envoyé par Bernart Bartleby - 15/9/2016 - 19:22




Langue: français

Version française – Marche 1945 – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Marschlied 1945 – Erich Kästner – 1945
Histoires d’Allemagne 91

Texte d’Erich Kästner, composé à l’époque de son engagement dans les productions de cabaret littéraire de Die Schaubude de Munich (1945-48).
Musique d’Edmund Nick (1891-1974), compositeur et directeur musical allemand.

Allemagne, 1945. Une route de campagne. L’épave d’un char dans un champ. Une jeune femme vêtue avec des vêtements d’homme, une vieille veste et un sorte de pantalon usé, en chemin vers on ne sait où. Tout ce qui lui est resté : un sac à dos, une valise et la tête encore sur le cou, seulement la vie, sur le fond d’une Allemagne détruite…

Dialogue maïeutique

1945 fut une année terrifiante pour le monde entier, Lucien l’âne mon ami. La guerre la plus meurtrière de l’histoire n’en finissait pas de finir, une guerre qui se déroulait un peu partout dans le monde. Rends-toi compte qu’elle faisait s’affronter des milliards de gens. Oh, pas tous directement sur le terrain, certains même assez à l’abri à l’arrière, mais néanmoins engagés dans cette grande tuerie collective.

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, tous les continents y furent mêlés. Tous les gens d’une manière directe ou non y participaient ; même les pays « neutres » en connurent les retombées et pas seulement sous l’arrivée de réfugiés.
Pour certains, elle fut même bénéfique. Des fortunes gigantesques se sont bâties sur ce désastre, des pays entiers connurent des expansions économiques inattendues et extraordinaires ; ils fournissaient les belligérants. La Terre entière était prise dans cette ronde folle et criminelle.

1945, vois-tu Lucien l’âne mon ami, c’est aussi l’année où cette guerre se termina brutalement suite à l’explosion de deux bombes atomiques lancées sur le Japon ; l’effet en fut tellement terrifiant que depuis, malgré un nombre impressionnant de conflits, de massacres, d’ethnocides, on ne l’a plus jamais utilisée.

Il faut espérer que ce sera le cas dans le futur, dit Lucien l’âne, mais avec les humains, on ne sait jamais.

1945, reprend Marco Valdo M.I., en Allemagne, c’est l’année l’écrasement et de la défaite. C’est la fin du Reich de Mille Ans, c’est le temps de l’écroulement, c’est le temps de l’effacement d’un monde éphémère et totalitaire. Tout s’effondre ; il n’y a plus de lieu, il n’y a plus de temps ; la personne s’est dissoute à l’intérieur d’elle-même ; elle s’est perdue, elle se cherche. Il reste une certitude, on ne peut rester là ; il faut faire quelque chose, il faut du mouvement, il faut fuir.
1945, on marche partout en Europe, on marche partout en Allemagne et dans tous les sens. Personne ne sait de quel côté, il est préférable de partir. Pour ce qui concerne les Allemands, beaucoup tentent de revenir à leur point de départ, de rentrer chez eux ; d’autres, abandonnant leur chez eux sans espoir de retour, s’éloignent des zones envahies par les troupes étrangères, venues de l’Est de l’Europe ; d’autres fuient vers les pays limitrophes avant de s’égarer dans le vase monde. À part eux, personne ne sait où aller. Alors, on fuit, mais il y a tant de choses à fuir, tellement de gens qui fuient. Certains qui ont pendu les déserteurs la veille, fuient à leur tour. On se fuit soi-même. Tel est le climat ambiant.

C’est assez déprimant, dit Lucien l’âne en hochant le crâne.

De fait, dit Marco Valdo M.I., l’Allemagne est en pleine déprime et c’est véritablement une dépression profonde, une mise à plat majeure. Et la chanson, une chanson d’Erich Kästner, une chanson chantée dans un cabaret de Munich à peu près à ce moment, juste après, une chanson en prise directe sur cette Allemagne déliquescente, raconte tout cela par la voix d’une femme, elle vient de l’Est, des anciens territoires allemands que se partageront les Russes et les Polonais. Elle n’a plus rien, elle erre, une citadine perdue sur les routes de l’exil. Mais la vie continue.

Évidemment, la vie continue, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe. Nous les ânes, on a toujours connu ça quand on croisait sur les chemins les fuyards de toutes les défaites. Ceux qui survivaient reprenaient le fil de leur vie plus loin. Et nous, nous, exilés dans un quotidien cerné par la Guerre de Cent mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour imposer leur pouvoir, étendre leur domination, accroître leurs profits, multiplier leurs richesses, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde insatiable, avide, aride, assassin et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
MARCHE 1945

Au cours des trente dernières semaines
J’ai beaucoup erré par les forêts et les prés.
Et ainsi ma chemise a crevé,
À ne plus pouvoir la mettre.
Je portais des souliers sans semelle,
Et mon sac à dos est mon seul bagage.
Les Polonais ont pris mes meubles
Et la Dresdner Bank, mon argent.
Sans patrie et sans famille,
Sans avenir, sans présent,
Voilà bien la fameuse
Décadence de l’Occident !

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Ici est ici ! Je n’ai rien d’autre :
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Si j’ai ma tête, moi j’ai encore ma tête
Solidement plantée sur mes épaules.
Je suis une plante de grande ville.
Qui ne vaut pas lerche.
Ni fière, ni brillante, ni exubérante,
Mais plutôt le contraire.
Quand même, les villes meurent…
Le ciel les a tuées…
Sous des gerbes de phosphore et d’acier
Pour cela nous étions assez bonnes.
Si les autres devaient vivre,
Ce qui durant six ans nous est arrivé –
Mais nous ne voulons pas nous vanter.
En plus, il n’y a pas de quoi rire.

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Ici est ici ! Ce que j’ai, est tout juste :
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
J’ai ma tête, moi j’ai encore ma tête
Solidement plantée sur mes épaules.
Je porte des chaussures sans semelle.
Dans mon pantalon, le vent siffle.
Mais le diable me prendra,
Si je ne trouve pas de toit.
Aux fenêtres, qui sont
Dans l’obscurité, la lumière cligne.
Mais pas dans toutes les maisons.
Non, vraiment pas dans toutes…
Mille ans ont passé
Emportant la moustache et le chancelier.
Et maintenant il faut : Commencer sans retard !
En avant marche ! Bientôt, il sera trop tard !

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Du Memel au Palatinat, en avant marche !
Cracher dans la main et tracter la valise.
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Nous avons notre tête, nous avons encore notre tête
Solidement plantée sur nos épaules.

envoyé par Marco Valdo M.I. - 25/9/2016 - 21:10


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