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La complainte du progrès (Les arts ménagers)

Boris Vian
Lingua: Francese

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La Complainte Du Progrès (Les Arts Ménagers)

Chanson française – La Complainte Du Progrès (Les Arts Ménagers) – Boris Vian – 1956

Le progrès... Le progrès... On n'a plus que ce mot-là à la bouche.

Certes, tu as raison, Lucien l'âne mon ami. Cependant, avec ce mot-là, ils ont mené les gens par le bout du nez depuis des années et des années et malheur à qui mettait en doute ce postulat... C'est une des plus grandes escroqueries de tous les temps... Cette idée de progrès...

Comment ça, Marco Valdo M.I., mon ami. Tu ne vas quand même pas me dire que tu es contre le « progrès ». C'est inimaginable d'être aussi rétrograde. Tu ne veux quand même pas revenir aux origines de la civilisation européenne, aux temps de Monsieur de Cro-Magnon...

Je te répondrais bien « Et pourquoi pas ? Ce serait quand même moins barbare qu'à présent ». Mais soyons sérieux... Il faut partir du fait qu'il y a progrès et progrès. Si par exemple, nous avons un but particulier. Aller à la fontaine là-bas... Et que toi et moi, à ton pas nonchalant, nous avançons vers cette fontaine, nous progressons vers notre but et c'est une bonne chose – du moins, à nos yeux. C'est donc là une sorte de progrès sur laquelle nous pouvons nous accorder. Mais il est d'autres sortes de progrès et spécialement, pour faire court, il y a cette idée – l'idée de progrès précisément – déviée de sa réalité pour en faire un « en soi », une formule totalisante qui fonde le mythe du progrès. Ce progrès, à tout prix, ce progrès comme fondement d'une religion moderne et même, contemporaine. Le progrès comme principe de fonctionnement, le progrès comme obligation... Et là, pour moi, ça coince. Le progrès comme principe dans le développement des sciences est une excellente chose... mais dans celui des armements, par exemple... En est-ce vraiment une ? Et le progrès dans la marchandise, dans la prolifération marchande, le progrès dans le développement économique, le progrès comme objet indiscriminé... Et puis, ce malheureux progrès est mis à toutes les sauces... Sincèrement, est-il bon – disons pour l'espèce – de crouler sous la marchandise, est-ce une bonne chose qu'un progrès qui consiste à couvrir la planète de millions d'autos supplémentaires chaque année, de la couvrir de routes, de la noyer sous le béton... De faire circuler dans le ciel des milliers et des milliers d'avions pour transporter des gens au prétexte de mettre leurs corps au soleil ? Est-ce véritablement un progrès que celui qui consiste à faire fabriquer par des gens aux salaires de famine des objets – généralement superflus, inutiles ou carrément nuisibles – pour les déverser dans ces marchés et ces commerces où se pressent les foules abasourdies... Et c'est pareil dans l'alimentation ou dans les « arts ménagers »... Tout ne tient quand on l'examine qu'à la recherche du profit – vendre, vendre à tout prix, n'importe quoi, mais vendre le plus possible, vendre tout et même souvent, du rien, du vide. Évidemment à un bout de la chaîne, il faut des esclaves pour fabriquer et à l'autre bout de la chaîne, il faut des gogos pour acheter, acheter le plus possible, n'importe quoi, tout et même du rien, même du vide. Pour en venir à la chanson, c'est de cela qu'elle parle... et de l'effet sur les gens, dans la vie quotidienne et les rapports quotidiens des gens. Avec humour... et elle le disait déjà, il y a un demi-siècle.

En somme, dit Lucien l'âne, si on regarde cette histoire de progrès dans la perspective de la Guerre de Cent mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'accroître leurs richesses, de renforcer leur situation, d'asseoir leur pouvoir ... Cette notion de progrès, le concept de progrès appliqué au commerce, au marketing, à l'économie et autres fadaises du genre est une formidable escroquerie ... Comme disait le loup de la fable, c'est pour mieux te tromper, c'est pour t'exploiter dans ta vie quotidienne ; le progrès finalement, c'est un argument publicitaire, un effet de propagande, une stratégie de manipulation du régime totalitaire dans lequel nous sommes. On en est toujours au « panem et circences » ... en termes d'aujourd'hui : « de la marchandise, des choses et de la télé, du spectacle, du sport... » Nous vivons sous la dictature du progrès, mais d'un progrès dévergondé... qui correspond très exactement à l'accroissement des revenus des riches... Ce sont les dividendes du progrès... Vu par Vian, il a d'ailleurs un petit air ridicule ce brave progrès...

Exactement, tout comme est ridicule le monsieur tout seul dans sa grosse bagnole, son monstrueux quatre-quatre, perdu sur un bout de macadam urbain... Ridicule celui qui met au poignet une tocante hors de prix, juste comme disent les gens : « pour faire genre », ou celui qui s'affiche avec un appareil téléphonique : tiers téléphone, tiers appareil photo, tiers radio, tiers ordinateur, tiers enregistreur... En somme, le couteau suisse du boy-scout... en plus « bling-bling ». La vraie question concernant le progrès est : est-ce bien nécessaire ? En attendant, on ravage la planète à la recherche de métaux spéciaux, dits rares, on ruine la santé de millions de travailleurs uniquement pour assouvir pareille boulimie, pour contenter pareil infantilisme...

Tu as raison d'insister, Marco Valdo M.I., mon ami, sur le côté trompeur de cette mythologie du progrès, sur cette arnaque à l'échelle mondiale, sur cette idiotie économique... Sur cette sorte de cancer qui ravage l'humanité entière... Le progrès est une drogue dure, tant plus on en a, tant plus on en consomme, tant plus on en redemande... Alors, voilà encore une raison de persévérer dans notre travail, dans notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde ardemment progressiste, arnaqueur, mercantile, exploiteur, progressiste et cacochyme (décidément !).



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.
Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur

Aujourd'hui, c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille


(séducteur : Ah, Gudule!)

Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidaire
Un joli scoutaire
Un atomixaire
Et du Dunlopillo

Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pellagâteaux

Une tourniquette
Pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs

Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et nous serons heureux

Autrefois, s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle

Aujourd'hui, que voulez-vous
La vie est si chère
On dit rentre chez ta mère
Et l'on se garde tout


(Menaçant : Ah, Gudule !)

Excuse-toi
Ou je reprends tout ça.
Mon frigidaire
Mon armoire à cuillères
Mon évier en fer
Et mon poêle à mazout
Mon cire-godasses
Mon repasse-limaces
Mon tabouret à glace
Et mon chasse-filous

La tourniquette
Àfaire la vinaigrette
Le ratatine-ordures
Et le coupe-friture

Et si la belle
Se montre encore rebelle
On la fiche dehors
Pour confier son sort

Coda

Au frigidaire
À l'efface-poussière
À la cuisinière
Au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates
Au canon à patates
À l'éventre-tomates
À l'écorche-poulet

Mais très très vite
On reçoit la visite
D'une tendre petite
Qui vous offre son cœur

Alors on cède
Car il faut bien qu'on s'entraide
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois

inviata da Marco Valdo M.I. - 11/6/2012 - 15:41




Lingua: Italiano

Libera traduzione italiana di Gerardo Balestrieri da YouTube
LA GIOSTRINA DEL PROGRESSO

Tempo fa il corteggiator
parlava d'amor
per dar prova del suo ardor
concedeva il cuor

Oggi non è più così
è cambiato lo sai
per sedurre chi vorrai
devi sussurargli " Sì…

Sciù Sciù…
abbracciami un po'
ed io ti donerò:"

Un congelator
e un grand'espositore
un atomizzatore
e un bell'apri comò

Un bel cucinino
un mostro che fa il vino
un gran robot che spulci
e un altro che fa i dolci

Tre fibre in carbonio
per fare il pinzimonio
un grigio aspiratore
per migliorar l'odore

Vestiti a righe e a pizzo
una pistola a spruzzo
Un razzo-dirigibile
per essere imprendibile

Tempo fa si litigava
E poi coi visi scuri
Ci si urlava si lanciavan
I piatti contro i muri

Oggi che volete far
La vita è più cara
Si usa dir "Torna da tua madre cara"
E io rimango qui

Sciù Sciù scusati un po'
o mi riprenderò:

Il congelatore,
l'armadio e l'ascensore
lo schiaccia immondizia
il succhia liquirizia

il lucida pantofole
lo specchio per le allodole
il poggiapiedi e i quadri
e un gatto scaccia-ladri

Tre fibre in carbonio
Per fare il pinzimonio
Una mano perlata
per la differenziata

Se la bell' infedele
si mostrerà crudele
tu sai la scaccerai
e poi t'affiderai

Allo scalda-viveri
al cancella-polveri
al frigo e all'autoscatto
al letto sempre fatto

Allo scalda-ciabatte
allo schiaccia patatte
allo stira-tendine
lo scortica-galline

Poi all'improvviso ancor
verrà con la mattina
un'altra piccolina
che ti offrirà il suo cuor

Allora cederai
perché così si fa
e intensa la vivrai
fino alla prossima!!

e tutto ti darai
fino alla prossima!!!

inviata da Bernart Bartleby - 6/10/2015 - 08:07




Lingua: Portoghese

Traduzione portoghese di Jorge Stolfi, professore d’informatica all’Università di Campinas, São Paulo, Brasile.
LAMENTO DO PROGRESSO

Outrora, para fazer a corte a ela,
falávamos de amor;
para melhor provar nosso ardor,
oferecíamos nosso coração.
Hoje em dia não é mais assim.
As coisas mudam, as coisas mudam;
para seduzir o anjo querido,
sussuramos-lhe no ouvido

"Ei? Gudule!

Venha me abraçar,
e eu te darei:
uma geladeira,
uma motocicleta,
um liquidificador
e um travesseiro de espuma;
um fogão
com forno com janela,
um jogo de talheres
e umas formas de bolo!

Uma batedeira
para fazer vinagrete,
um exaustor
para chupar os maus cheiros!

Lençóis que esquentam,
um fazedor de panquecas,
e um avião para dois--
e seremos felizes!

Outrora se acontecia
de a gente brigar
com cara de enterro a gente se mandava,
deixando a louça suja na pia.
Hoje, fazer o quê,
a vida é tão cara...
Dizemos: "Volte para sua mãe",
E ficamos com tudo!

"Ei! Gudule,

peça desculpas,
ou eu pego tudo de volta!
Minha geladeira,
meu guarda-colheres,
minha pia de aço
e meu fogareiro a álcool;
minha enceradeira de sapatos,
meu ferro de engomar,
meu banquinho de gelo,
e meu espanta-pragas!

A batedeira
para fazer vinagrete,
o compressor de lixo
e o corta-batatas!

E se a belezoca
ainda se mostra rebelde,
botamos ela pra fora,
para confiar nossa sorte

à geladeira,
ao aspirador de pó,
ao fogão,
à cama sempre-feita;
ao esquenta-chinelos,
ao canhão de batatas,
ao estripa-tomates,
ao esfola-frangos.

Mas bem bem depressa
recebemos a visita
de uma garota carinhosa
que te oferece o coração.

Então nós cedemos
pois é preciso
que a gente se ajude;
e agente vai vivendo assim
até a próxima vez,
até a próxima vez...

até a próxima vez!

inviata da Bernart Bartleby - 6/10/2015 - 08:13



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