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Souvenir du neuf novembre

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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Souvenir du neuf novembre

Canzone française – Souvenir du neuf novembre – Marco Valdo M.I. – 2011
Histoires d'Allemagne 37

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 –
l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.



Parfois, dit un peu comme dans un brouillard, un peu comme noyée dans une fumée, la voix enrouée de Marco Valdo M.I.. Parfois, au moment d'écrire une de ces histoires, de transformer l'histoire en chanson, il me vient dans la tête d'autres musiques, d'autres mots qui s'insinuent obstinés entre les phrases. Je dis parfois, mais c'est assez souvent. Donc, parfois, tout mon horizon se remplit et je n'arrive à le dégager qu'avec des ruses de vieil Indien.


D'accord, dit Lucien l'âne l'œil perplexe et les oreilles dressées en points d'interrogation, je veux bien t'entendre, mais de là à savoir de quoi tu causes...


Mais enfin, Lucien l'âne mon ami, je te parle de la chanson du jour, une de ces histoires d'Allemagne, autour de laquelle je tourne depuis quelques jours. Et s'il n'y avait qu'un seul intrus, passe encore... Mais il y en a plusieurs. Faisons le compte : il y a d'abord et avant tout, le texte de l'année de référence – ici, 1938 – dans le Siècle de Günter Grass. Au fur et à mesure de ma progression circulaire, de ma méditation en colimaçon, de mes propres mots alignés comme à la bataille sur la feuille quadrillée, je voyais surgir Ramuz et Stravinsky, j'entendais des voix de basses me seriner Le Veau d'Or de Charles Gounod et « Valse mélancolique et langoureux vertige » me revenait à la mémoire certaine « Harmonie du soir » de Monsieur Baudelaire.

Harmonie du soir
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
(Spleen et Idéal, XLVII - Edition de 1861)

Je te dis ça, Lucien l'âne mon ami, pour que tu comprennes comment on est conduit à une chanson. C'est là pour moi un de ces mystères... Tout ce que je sais, c'est que je suis arrivé ici par ce chemin-là...


Comme je te comprends, Marco Valdo M.I., comme je te comprends de ne pas comprendre. Pourtant, nous les ânes, en matière de progression circulaire, on en connaît un brin. Mais à part çà, elle raconte quoi ton histoire...


En fait, elle rappelle une date-phare dans l'histoire de l'Allemagne, celle du 9 novembre, qui est la date exacte de la « Nuit de Cristal », une nuit effroyable qui ouvrait la porte à un pandemonium plus épouvantable encore. Elle raconte le début du plus gigantesque pogrom de tous les temps, la nuit où l'on passa du massacre artisanal à la grande industrie de l'assassinat, du bricolage à la grande manœuvre rigoureusement planifiée. Le tout considéré comme l'ouverture d'un bal...


C'est très bien d'avoir rappelé cette nuit et cet épisode dans cette école d'orphelins Juifs. Je sais, j'ai vu la chanson... On n'a brûlé que les livres et on n'a fait que bastonner à mort le professeur... Cela ressemble à un fait-divers, à des événements qui se produisent ici ou là... Bien sûr, actuellement dans notre bonne Europe, on bat, on assassine, on massacre, on brûle des Kurdes, des Turcs, des Roms, des Noirs... Je me demande si vous les humains vous vous rendez compte du sens profond de ces remugles, si vous imaginez ce dont ils peuvent augurer... Quant à moi, j'y vois la nécessité de tisser sans relâche, en progression circulaire, le linceul de ce vieux monde amnésique, ataxique et cacochyme.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Neuf novembre, neuf novembre
Une histoire, une histoire d'Allemagne, une date
Neuf novembre, neuf novembre
Impossible de l'oublier, cette foutue date.


Voici venir le temps qui conduira au pire
Hitler, maître du haut château, ouvre le bal de l'Empire
Superstitieuse, l'Allemagne brise le cristal
Et Hitler ouvre le bal, ouvre le bal


Un beau soir, une courte nuit
Prélude à une étrange symphonie
Les nuits allemandes sont redoutables
Walpurgis et cristal, la mort se met à table.


Les livres brûlés, le professeur assommé devant sa classe
À Esslingen, à l'orphelinat juif, débutait le bal
À Berlin, un neuf novembre de cristal
À Berlin, tombait un mur de glaces


Neuf novembre, neuf novembre
Une histoire, une histoire d'Allemagne, une date
Neuf novembre, neuf novembre
Impossible de l'oublier, cette foutue date.


Le monde plonge dans un néant vaste et noir
On brûle les livres avant les hommes
Le violon rythmant l'aigu annonce les pogroms
Et le soleil pressent les grands crématoires.


Neuf novembre, dans son rêve impérial
Superstitieuse, l'Allemagne brise le cristal
Et Hitler conduit le bal, conduit le bal
Et Hitler conduit le bal, conduit le bal.


Et Hitler conduit le bal, conduit le bal
Et Hitler conduit le bal, conduit le bal
Et Hitler conduit le bal, conduit le bal
Et Hitler conduit le bal, conduit le bal.

inviata da Marco Valdo M.I. - 3/6/2011 - 15:19



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