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La Cage de Verre

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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La Cage de Verre


Canzone française – La Cage de Verre– Marco Valdo M.I. – 2012
Histoires d'Allemagne 61

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 –
l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.




Revoici le pendu à la pendaison annoncée... Faut dire qu'il ne l'avait pas volée, sa pendaison... et cette fois, hop, exécution. Souviens-toi, Lucien l'âne mon ami, de ce qu'on en disait l'autre fois :
« Eichmann avouait tout : Wannsee, Auschwitz,
L'administration rigoureuse de la mort : la solution finale,
Pour conclure, on l'a pendu : point final. ».
C'était exact, mais un peu prématuré. Il avait bien été condamné à mort, mais il lui restait des recours... Pas comme pour ceux qu'il avait rêvé d'exterminer « sur ordre ».

Bon, le dénommé Eichmann méritait ça... Bien sûr, certains disent – lui en premier – qu'il était seulement un fonctionnaire, un petit agent d'exécution, qu'il n'avait fait que son métier, en toute conscience... Qu'il ne comprenait pas pourquoi, on voulait lui faire ce sort-là... Qu'en penses-tu toi, l'humain ?

Je pense tout simplement, dit Marco valdo M.I., que la conscience du fonctionnaire, celle de l'agent d'exécution et la conscience humaine et je dirais même animale, résumons, la conscience d'être vivant, la conscience universelle, en quelque sorte, ne sont pas des consciences de même espèce. L'une – celle du fonctionnaire, de l'agent, de l'employé consciencieux... est glacée, entièrement soumise à sa fonction, empesée dans les lois, engluée dans les règlements et congelée dans le contrat, elle est serve et soumise et elle permet aux États et aux entreprises d'accomplir et de faire accomplir les actes les plus immoraux sans sourciller... sous l'inepte prétexte de l'obéissance ; cette conscience professionnelle se justifie tout par des je suis en service, c'est mon devoir et autres fariboles. Ainsi en va-t-il de tout qui applique des lois, des règles, des clauses... tout ce qu'on voudra sans même vouloir en voir les conséquences brutales et désastreuses : le flic qui matraque, le huissier qui expulse, le fonctionnaire qui sanctionne le chômeur, le tueur qui abat sa victime, le militaire qui assassine, le gardien du camp d'Auschwitz ou de Dachau... Tous ceux-là relèvent de la même logique de soumission. Ce sont les mercenaires de la Guerre de Cent Mille Ans.

Et l'autre conscience, car tu ne m'as parlé que de la première... la conscience professionnelle. Parle-moi donc de la conscience universelle... Elle me paraît plus acceptable.

Et elle l'est. C'est une conscience en paix avec elle-même, c'est une conscience rebelle. Une telle conscience, qui – par exemple, ne peut accepter la célébrissime « raison d'État », qui n'est jamais que la raison du plus fort. Et si elle avait inspiré « le grand transporteur » comme le nomme la chanson, le grand « incinérateur » comme l'a démontré son procès, bref, si Eichmann avait eu une telle conscience, il n'aurait jamais fait ce qu'il a fait. Tout comme une telle conscience appliquée s'interdirait de participer jusqu'à l'existence-même de tout régime ou de tout système, de toute organisation qui irait à l'encontre de ce qu'elle peut accepter – par exemple, l'exploitation d'êtres humains par d'autres être humains. Car elle a ceci de commun avec la pensée, que pour elle, se soumettre ce serait cesser d'exister. La conscience libre exerce son libre examen sur toute chose et toute action et agit en conséquence. Dès lors, elle se refuse à collaborer, elle se refuse à exécuter. Elle fait de la résistance le ressort fondamental de son existence. Elle applique simplement la devise : « Ora e sempre : Resistenza ! ». Ce qui explique la méfiance et l'hostilité qu'elle suscite de la part des pouvoirs de toutes sortes, de la part des gens que gangrènent le pouvoir ou la richesse.

Pour en revenir à la canzone, cette fois-ci, le narrateur – car il y a toujours un narrateur à ces Histoires d'Allemagne – se prénomme Jankele, habite Jérusalem et fabrique des vitrages blindés qui servent à la protection et la sécurité. Il est à Jérusalem, car fils d'un vitrier de Nuremberg, il avait émigré avec son frère cadet en Palestine en 1938 et comble d'ironie, grâce à la politique du « grand transporteur », qui consistait alors à débarrasser l'Allemagne de sa population juive. Le reste de sa famille fit par les soins du même transporteur le voyage vers l'enfer, « Via Theresienstadt, Sobibor, Auschwitz ». Des années plus tard, l'entreprise de notre narrateur est prospère ; ses vitrages de sécurité sont fournis à plein de clients... Mais la chanson élargit son propos, elle rapporte quelques faits de l'année 1962 et les met en exergue, comme il se doit. On y voit notamment De Gaulle tenter – au nom de la future Europe – d'exorciser certain danger, certaine dérive en saluant « das große deutsche Volk ». Il ne nous reste plus qu'à espérer que ce thaumaturge ait réussi son coup. Lui-même n'en était pas trop certain. Du moins l'a-t-il affirmé...le lendemain-même de ce discours à la jeunesse allemande.


Quoiqu'il en soit de demain, de cette dérive en cours et de l'affrontement qui se déroule ici tous les jours en Europe (comme ailleurs dans le monde) – regarde ce qu'ils font aux Grecs... – tel un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour étendre leur domination, accroître leur pouvoir, pour tirer de plus magnifiques profits, pour asseoir leurs privilèges, multiplier leurs richesses (on en est aux milliers de milliards d'Euros...)... il nous revient de poursuivre sans relâche notre grand œuvre de tisser le linceul de ce vieux monde avide, arrogant, ambitieux, absolutiste et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.
Votre protection et votre sécurité
C'est ma devise et ma fierté
À Jérusalem depuis vingt ans
Je conçois et je vends
Le verre blindé pour protéger les gens
De la sécurité et pas du vent
La cage de verre au bijoutier
La cage de verre au banquier
La cage de verre au changeur
La cage de verre au grand berger blanc
La cage de verre du grand transporteur
Pour qu'on le juge. Sereinement.


Mil neuf cent soixante-deux, une année
Pleine d'événements et de fusées,
Objectif Lune ! Un ange passe
Le premier étazunien dans l'espace
Le premier concert des Rolling Stones
Le premier disque des Beattles
La mort subite de Marilyn la blonde
Seule, à l'autre bout du monde.
Dans sa baignoire sans cage de verre.
Happy birthday et bon anniversaire
Mr Président... Blocus de Cuba, holà
Le Petit Poucet ne se rend pas.


Mil neuf cent trente avec mon père
On posait des vitres à Nuremberg
Ces années-là étaient prospères
Depuis la nuit où ils commencèrent
Heil Hitler ! À casser du verre.
Jusqu'en trente-huit, on fit des affaires
On est parti moi Jankele et Gerson, mon frère
Juste à temps, avant la guerre
Et les grands convois pour les fours.
La famille, mes sœurs, mon père
Ont pris le train à leur tour
Via Theresienstadt, Sobibor, Auschwitz pour l'enfer.


Mil neuf cent soixante-deux
Algérie, bon voyage et meilleurs vœux
L'Europe est à construire
De Gaulle en président
L'œil braqué sur l'avenir
Flatte le grand peuple allemand.
"Für Ihr großes Volk
Jawohl für das große deutsche Volk »
Dans sa cage à Jérusalem, au printemps
Le banal organisateur de la solution finale
Entend en bon allemand
La sentence fatale.


Votre protection et votre sécurité
C'est ma devise et ma fierté
À Jérusalem depuis vingt ans
Je conçois et je vends
Le verre blindé pour protéger les gens
De la sécurité et pas du vent
La cage de verre au bijoutier
La cage de verre au banquier
La cage de verre au changeur
La cage de verre au grand berger blanc
La cage de verre du grand transporteur
Pour qu'on le juge. Sereinement.

inviata da Marco Valdo M.I. - 27/2/2012 - 23:24


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