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L'Homme de Cro-Magnon

Maurice Felbacq


Langue: français


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cromagnon
(dessin Maurice Felbacq)

La chanson de l'Homme de Cro-Magnon a fait les beaux jours des mouvements de jeunesse et peut-être le fait-elle encore... Allez savoir. C'est là que je l'ai rencontrée pour le première fois.... D'aucuns croient que c'est une chanson populaire, venue d'on ne sait où.
Mais non, elle a un auteur et il raconte lui-même la genèse de L'homme de Cro-Magnon, ci-après.
Cela dit, c'est une chanson liée aux mouvements de jeunesse issus de la Résistance et de l'éducation populaire, mise au point dans les maquis de France et spécialement du mouvement des Auberges de Jeunesse, héritier du Front Populaire de 1936 et des premières vacances ouvrières.
Quant au contenu, plein d'humour et de raison, il flingue à qui mieux mieux l'actuelle civilisation toute empreinte de sa fatuité, de son importance, de son goût pour le progrès et de l'idéologie du travail.

Une chanson hilarante - Humour, quand tu nous tiens ! - qu'on apprenait enfant et qui encore des années plus tard, résonne comme un avertissement, une analyse solide du monde dans lequel on doit vivre : « Faut-il que nos héritiers soient bêtes, pour avoir inventé le travail... »

L'homme de Cro-Magnon : un prolétaire anarchiste ?
(Petite histoire d'une chanson par Maurice Felbacq)

Suite à notre article sur ce sujet dans le dernier bulletin, j'avais écrit à Maurice pour lui demander s'il voulait bien nous raconter la genèse de cette chanson que je me souviens d'avoir découvert avec beaucoup de plaisir par le bouche à oreille dans les années 50 alors que j'étais gamin. Chacun recopiait les paroles dès qu'il l'avait entendue afin de pouvoir la rechanter… Maurice a accepté avec beaucoup de gentillesse de nous écrire le texte ci-dessous et de l'illuster avec un dessin que j'aime bien et je l'en remercie vivement. db

Je m'appelle Maurice Felbacq, né à Paris en 1918, et si j'ai toujours aimé le plein air et les chansons, je n'avais jamais eu l'idée de composer moi-même jusqu'à ma rencontre avec "Les Vagabonds".
J'étais dessinateur à la SCAN (aujourd'hui l'Aérospatiale) et un beau jour, las de perdre une heure matin et soir en métro et train, je suis parti plein sud, sac au dos, valise d'une main et guitare de l'autre pour Lyon, fin 1945.

A l'Arsenal de l'Air, j'ai tout de suite sympathisé, par goûts communs, avec mes voisins de bureau, "Cam" Mitton et "Geo" Meunier, membre d'un petit groupe de copains, "Les Vagabonds". Certains avaient même créé de jolis chansons (R. Seyriès : "Les chevaliers du Colorado", "Vent d'automne"… ou A. Monnerie : "Les mousquetaires"…) dont j'ai transcrit la musique afin de les inclure dans un carnet de chants alors en préparation.
On m'a alors demandé : "Pourquoi n'écris-tu pas de chansons toi-aussi ?
- Parce que je suis plus un matheux qu'un poète et que je n'ai pas beaucoup d'inspiration. C'est André Reynier (Dayd) qui a suggéré : "Puisque tu t'intéresses à la préhistoire, écris-nous quelque chose là-dessus !"
L'idée m'a paru bonne et fin 1946, peu doué pour la poésie, j'ai choisi la fantaisie en attribuant à notre ancêtre "L'homme de Cro-Magnon", des réflexions d'aujourd'hui sur les événements de sa vie, n'hésitant même pas à le faire côtoyer les dinosaures, pensant qu'on n'allait pas me chipoter pour un écart d'à peine deux cents petits millions d'années ! J'ai collé ces paroles sur une musique simple, harmonisée à trois voix et écrit le tout sur calque pour pouvoir en faire des tirages au bureau. La chanson a plu aux copains et très vite fait partie du répertoire.
Par la suite, l'Arsenal réduisant son personnel, notre trio se trouva séparé (au travail seulement !) : "Geo" se reconvertit dans l'industrie chimique, "Cam" entama une belle carrière de Père Aub', tandis que resté dessinateur, je passais sans états d'âme des avions aux tracteurs à chenilles. Puis certains, (dont moi !) se sont retrouvés mariés et pères de famille !

Le 13 Avril 1955, je fus bigrement épaté de lire dans "Le Canard Enchaîné" un article élogieux sur "L'Homme de Cro-Magnon" qu'avait chanté un groupe d'étudiants au Festival de Montpellier. L'auteur de l'article demandant où trouver la chanson, je lui envoyai un tirage. Et dans le "Canard" du 27 Avril, j'ai appris qu'il avait reçu quantité de réponses, ce qui est curieux pour un texte jamais publié. Cela est dû principalement à Cam Mitton qui a pu faire connaître la chanson à de très nombreux ajistes de toutes les régions, de passage dans son auberge.

Je serais un gros menteur si je disais que ces fleurs m'ont laissé indifférent. J'ai eu plutôt tendance à gonfler les pectoraux en recevant les félicitations assoiffées des copains. Peu après, je quittai Lyon pour aller travailler à Grenoble et je n'ai pu retrouver les copains - toujours avec le même plaisir - que bien moins souvent, et faute d'inspiration, je n'ai pas eu envie d'écrire une autre chanson.

Il y a assez longtemps, Pierrot Fayolle m'a signalé que "Les Quatre Barbus" avaient enregistré "L'Homme de Cro-Magnon" mais à l'époque, je n'ai pu trouver le disque*. On retrouve la chanson dans un album de deux CD paru récemment, reprenant les chansons de ce quatuor. Je ne sais pas si la chanson s'entend encore aujourd'hui, mais j'ai eu la surprise en 89 d'apprendre que ma petite fille, alors âgée de neuf ans, l'avait chantée avec sa chorale des "Jeannettes" à Québec ! Sans savoir que la chanson était due à son pépé !

Merci au Bulletin des AJ de m'avoir permis d'y évoquer tous ces vieux souvenirs.
Bien amicalement
Maurice Felbacq.
C'était au temps de la préhistoire
Voici deux ou trois cent mille ans
Vint au monde un être bizarre
Proche parent de l'orang-outan
Debout sur ses pattes de derrière
Vêtu d'un slip en peau de bison
Il allait conquérir la terre
C'était l'homme de Cro-Magnon

L'homme de Cro,
L'homme de Ma, l'homme de Gnon
L'homme de Cro-Magnon, pon pon
L'homme de Cro, de Magnon
Ce n'est pas du bidon
L'homme de Cro-Magnon
Pon-pon

Armé de sa hache de pierre
De son couteau de pierre itou
Il chassait l'ours et la panthère
En serrant les fesses malgré tout
Devant le diplodocus en rage
Il se sentait un peu petit
Et se disait dans son langage :
Vivement qu'on invente le fusil

L'homme de Cro,
L'homme de Ma, l'homme de Gnon
L'homme de Cro-Magnon, pon pon
L'homme de Cro, de Magnon
Ce n'est pas du bidon
L'homme de Cro-Magnon
Pon-pon

Il était poète à ses heures
Disait à sa femme en émoi
Tu es belle comme un dinosaure
Tu ressembles à Lolobrigida
Si tu veux voir des cartes postales,
Monte dans ma caverne tout là-haut
Je 'e ferai voir mes peintures murales
On dirait du vrai Picasso

L'homme de Cro,
L'homme de Ma, l'homme de Gnon
L'homme de Cro-Magnon, pon pon
L'homme de Cro, de Magnon
Ce n'est pas du bidon
L'homme de Cro-Magnon
Pon-pon

Trois cent mille ans après sur terre
Comme nos ancêtres nous admirons
Les monts, les bois et les rivières
Mais s'il revenait quelle déception
De nous voir suer six jours sur sept
Il dirait sans faire de détail
Vraiment que nos descendants sont bêtes
D'avoir inventé le travail !

envoyé par Marco Valdo M.I. - 30/7/2008 - 14:30


L'auteur se demande si sa chanson est toujours chantée. Je peux lui répondre: Oui, ma fille l'a appris à l'école à Bruxelles en 1998 et nous, les parents, l'avons souvent chantée avec elle dans les années suivantes, tellement la chanson est rigolo, vivante et entraînante.

Un grand merci, Maurice Felbacq!

Frans de Graaf

Frans de Graaf - 22/9/2010 - 13:16


Pour ceux qui ont comme moi le plus grand respect pour notre ancêtre et fondateur de la civilisation européenne, bien avant l'arrivée des chrétiens, le très excellent Monsieur de Cro-Magnon, voici une petite video très instructive sur la vie de Monsieur de Cro-Magnon et de ses contemporains.




Et sans doute, comme je le connais, de l'avoir croisé à l'époque, Monsieur de Cro-magnlon et tous ses amis se reconnaîtront sûrement dans notre sentence à Marco valdo M.I. et à moi : "Noi, non siamo cristiani, siamo somari" - "Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme".

Bêtes de somme, c'est-à-dire des travailleurs, des manoeuvres, des paysans sans terre... En somme, des damnés de la terre...

Cordial
Lucien Lane

Lucien Lane - 14/6/2012 - 21:45


Gina Lollobrigida commence sa carrière dans les années 50, c'est pour cette raison que dans la version originale de la chanson, l'actrice citée est Garbo (Greta) au faîte de sa gloire dans les années 40. Quand j'étais scout dans les années 70, on la chantait régulièrement.

Patrice S. - 13/7/2012 - 14:32


Salut,
et oui cette chanson vient d'être reprise dans notre spectacle "plus beau que beau", joué à St Antonin Noble Val le 15/02/2013, et à La Magdeleine sur Tarn le 4/O4/2013.
Spectacle mettant en scène des comédiens-lycéens de Clairfoyer de Caussade et des musiciens du Foyer Périole de Toulouse.
Hommage à toi Maurice!

le groupe esquisse - 11/4/2013 - 10:53


Je ne sais pas si Maurice Felbacq lira ce commentaire, mais je tiens à le remercier pour les nombreuses heures que j'ai passé à chanter cette chanson avec ma mère étant petite, et je la chante encore avec plaisir aujourd'hui à 26 ans !

Nathalie - 27/7/2014 - 20:34


Si Nathalie a beaucoup chanté cette chanson, c'est qu'elle a raccourci tous les trajets en voiture de mon enfance pendant lesquels mon père nous faisait chanter mes frères et moi; elle faisait partie de nos chansons préférées et nous avons transmis à nos enfants ! ... la maman de Nathalie qui remercie Maurice Felbach :)

megalith44 - 28/7/2014 - 18:23


Chanson apprise par mon grand frère en colo vers 1955; puis probablement chantée lors de ses camps scouts et routiers.
Grâce à lui elle était de tous les moments heureux de la famille,( au milieu d'autres chants ), encore il y a peu, tellement il y mettait de coeur à la chanter, demandée encore par les nièces et neveux déjà très grands qui approchent à leur tour la cinquantaine !!
Le grand frère parti saluer nos aïeux, une nièce me demande de l'apprendre pour les réunions suivantes. Etant choriste, çà devrait aller pour les retrouvailles de juin prochain .....

André, d'Epinal.

André Wanderer (nom de plume ) - 29/12/2016 - 13:10


Bonjour apris en ce moment par ma flle de 9 ans en Suisse est par moi même a son âge de de bon souvenir merci merci merci a l'auteur

Coyotte - 9/3/2017 - 13:23


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