Chanson française – La Vérité de l’État– Marco Valdo M.I. – 2022
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Dialogue Maïeutique

PRISONNIER DE GUERRE RUSSE
Egon Schiele – 1916
Je rappelle que nous sommes en Zinovie, dit Marco Valdo M.I., et en Zinovie,la Vérité est une personne depuis très longtemps malade. En vérité, elle est en permanence empoisonnée. Son état permanent est la déliquescence, elle vit en vagabonde, sans domicile fixe ; elle ne peut prospérer. Il faut évidemment distinguer la vérité de la Vérité et la vérité de l’État – il faut entendre « la vérité indiquée par l’État », laquelle a pignon sur rue. Ce sont deux vérités de nature différente.
Oui, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que ça a à voir avec la chanson ?
Eh bien, répond Marco Valdo M.I., c’est précisément ce dont elle s’occupe, car elle s’intitule quand même « La Vérité de l’État ». On apprend ainsi qu’en Zinovie, il n’y a de vérité possible que la Vérité officielle, officiellement diffusée, instillée jusque dans les cerveaux des habitants ; ce que j’ai appelé « La Vérité de l’État ». S’interroger à son sujet, s’inquiéter de sa validité est très dangereux ; on peut finir empoisonné, fusillé, revolvérisé ou tout benoîtement, enfermé, soigné (pour son bien) dans un conscientorium.
Pour son bien, demande Lucien l’âne. C’est ambigu, carrément amphibologique ; s’agit-il du bien de la vérité d’État ou de celui de l’interné ?
Selon comment on la regarde, de l’un ou de l’autre, répond Marco Valdo M.I. ; ce « traitement pour son bien », c’est un des charmes discrets de la Zinovie. D’ailleurs, le Guide et son aréopage n’aiment pas qu’on en parle ; ils nient et rejettent totalement toute mise en question, toute allusion à la vérité. Tout simplement, il n’y a pas lieu d’en discuter, ni de lieu pour le faire – sauf sans doute, le conscientorium. En fait, en dehors de leur parole, la vérité n’existe pas. Il est très malsain de l’évoquer, c’est une preuve soit de mauvaise foi, soit de déraison ; le plus souvent, ils qualifient l’audacieux questionneur de « traître ».
En effet, dit Lucien l’âne, ça va de soi : douter de l’état de la vérité, c’est douter de la vérité de l’État. Vu comme ça, celui qui doute est forcément un traître et il est normal en ce cas de franchir le pas qui consiste à le faire taire, si possible, définitivement. Personnellement, je n’aimerais pas vivre dans une société comme celle-là ; l’air y est irrespirable.
Et de fait, dit Marco Valdo M.I., il est très désagréable de vivre dans un tel monde où tout le monde a le devoir de dénoncer tout un chacun et se sent en permanence suspecté d’on ne sait quoi. Une autre dimension de la chanson est la servilité mise au service de cette Vérité de l’État, incarnée par les écrits du Guide et qui sert à se faire bien voir du pouvoir et à progresser dans l’existence. Au passage, la chanson évoque la vie d’un tel personnage, suffisamment infect pour que sa femme et ses enfants le délaissent.
Elle en raconte des choses la chanson, dit Lucien l’âne. Est-ce bien tout, on dirait qu’il y en a encore.
Oui, il y en a encore, reprend Marco Valdo M.I., et particulièrement éclairante en ce qui concerne l’armée zinovienne et son moral d’acier. Il y a l’histoire du soldat qui monte la garde en dormant, pendant que l’officier dort. Il y a là comme un ombre de mort. Enfin, je finirai sur cette scène orwellienne :
« Le règlement est toujours respecté.
On ne peut démontrer l’opposé.
En Zinovie, la vérité passe pour la vérité ;
En Zinovie, le mensonge, c’est la réalité. »
Ah, dit Lucien l’âne, le soldat qui monde la garde est un personnage célèbre dans la chanson
Lili Marleen [Lied eines jungen Wachtpostens], mais dans celle-là, il ne dormait pas. On pourrait continuer encore longuement, mais il n’est pas ici le lieu d’écrire un roman. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerroyant, dément, brutal, bêtement assassin et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Chanson française – La Vérité de l’État– Marco Valdo M.I. – 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel
Épisode 32
Egon Schiele – 1916
Je rappelle que nous sommes en Zinovie, dit Marco Valdo M.I., et en Zinovie,la Vérité est une personne depuis très longtemps malade. En vérité, elle est en permanence empoisonnée. Son état permanent est la déliquescence, elle vit en vagabonde, sans domicile fixe ; elle ne peut prospérer. Il faut évidemment distinguer la vérité de la Vérité et la vérité de l’État – il faut entendre « la vérité indiquée par l’État », laquelle a pignon sur rue. Ce sont deux vérités de nature différente.
Oui, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que ça a à voir avec la chanson ?
Eh bien, répond Marco Valdo M.I., c’est précisément ce dont elle s’occupe, car elle s’intitule quand même « La Vérité de l’État ». On apprend ainsi qu’en Zinovie, il n’y a de vérité possible que la Vérité officielle, officiellement diffusée, instillée jusque dans les cerveaux des habitants ; ce que j’ai appelé « La Vérité de l’État ». S’interroger à son sujet, s’inquiéter de sa validité est très dangereux ; on peut finir empoisonné, fusillé, revolvérisé ou tout benoîtement, enfermé, soigné (pour son bien) dans un conscientorium.
Pour son bien, demande Lucien l’âne. C’est ambigu, carrément amphibologique ; s’agit-il du bien de la vérité d’État ou de celui de l’interné ?
Selon comment on la regarde, de l’un ou de l’autre, répond Marco Valdo M.I. ; ce « traitement pour son bien », c’est un des charmes discrets de la Zinovie. D’ailleurs, le Guide et son aréopage n’aiment pas qu’on en parle ; ils nient et rejettent totalement toute mise en question, toute allusion à la vérité. Tout simplement, il n’y a pas lieu d’en discuter, ni de lieu pour le faire – sauf sans doute, le conscientorium. En fait, en dehors de leur parole, la vérité n’existe pas. Il est très malsain de l’évoquer, c’est une preuve soit de mauvaise foi, soit de déraison ; le plus souvent, ils qualifient l’audacieux questionneur de « traître ».
En effet, dit Lucien l’âne, ça va de soi : douter de l’état de la vérité, c’est douter de la vérité de l’État. Vu comme ça, celui qui doute est forcément un traître et il est normal en ce cas de franchir le pas qui consiste à le faire taire, si possible, définitivement. Personnellement, je n’aimerais pas vivre dans une société comme celle-là ; l’air y est irrespirable.
Et de fait, dit Marco Valdo M.I., il est très désagréable de vivre dans un tel monde où tout le monde a le devoir de dénoncer tout un chacun et se sent en permanence suspecté d’on ne sait quoi. Une autre dimension de la chanson est la servilité mise au service de cette Vérité de l’État, incarnée par les écrits du Guide et qui sert à se faire bien voir du pouvoir et à progresser dans l’existence. Au passage, la chanson évoque la vie d’un tel personnage, suffisamment infect pour que sa femme et ses enfants le délaissent.
Elle en raconte des choses la chanson, dit Lucien l’âne. Est-ce bien tout, on dirait qu’il y en a encore.
Oui, il y en a encore, reprend Marco Valdo M.I., et particulièrement éclairante en ce qui concerne l’armée zinovienne et son moral d’acier. Il y a l’histoire du soldat qui monte la garde en dormant, pendant que l’officier dort. Il y a là comme un ombre de mort. Enfin, je finirai sur cette scène orwellienne :
On ne peut démontrer l’opposé.
En Zinovie, la vérité passe pour la vérité ;
En Zinovie, le mensonge, c’est la réalité. »
Ah, dit Lucien l’âne, le soldat qui monde la garde est un personnage célèbre dans la chanson Lili Marleen [Lied eines jungen Wachtpostens], mais dans celle-là, il ne dormait pas. On pourrait continuer encore longuement, mais il n’est pas ici le lieu d’écrire un roman. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerroyant, dément, brutal, bêtement assassin et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane