Language   

Via Moncalieri

Marco Valdo M.I.
Language: French



Mon rêve se dissipait
Des silences revenaient.
Et il ne restait même pas cette tache si patiente
Sur le vieux mur de la Fabrique
D’Automobiles Diatto via Moncalieri
Ni les herbes écrasées des sentiers raides
Sur les pentes du Mont des Capucins,
Quand les prés, vers 1908 ou 1909,
Appartenaient aux lavandières
Et que le ciel était céleste.
Les enfants, les autres, parlaient le dialecte.
A sun rivà. I Cunt a sun rivà !
Ma come ? A l’an levà la bandiera.
Adess la tiran sü ! Sun proprio rivà !
Ils étaient arrivés le soir au village
Le Comte et la Comtesse, à cheval,
Et tous les enfants et les femmes et les paysans
Les avaient regardés contents.
Lucia les regardait de derrière une haie.
C'était une enfant,
Ce n’était pas encore Sœur Lucia,
Ce n’était pas encore la guerre,
Ses deux frères n’avaient pas encore été envoyés
Mourir là-bas en Russie.
C’étaient des enfants, ils regardaient.
Leurs yeux scintillaient.
L’air était pur, il y avait la lumière.

On peut parfois par le vin ou par la colère
perdre la lumière
des yeux.

Après les cabrioles sur le pré,
Dans l’odeur pénétrante du foin,
Avec leurs visages ronds de paysans,
Ils regardaient,
La corde du veau récalcitrant
L’écume sur ses gencives rose pâle,
Et ses cornes comme des bourgeons.
Ils regardaient le monde, la mauve et le chiendent;
La neige sur les longues glissoires de l'hiver.
Et aux premières tiédeurs les primevères
Et les rus des neiges de mars.
C'étaient des enfants, ils rêvaient.
Des courges pour les chandelles et les esprits,
Ils regardaient leurs pieds écraser le raisin des cuves.
Lucia était encore une enfant.
Ce n'était pas encore la guerre.
Elle n'avait pas encore perdu ses frères.
Puis avaient craqué les murs du temps :
Des deux frères tués dans la steppe,
De Lucia devenue moniale,
De sa sœur infirmière,
De son frère émigré en Amérique,
Il n’était resté dans la maison du père
Que l’aîné, entretemps marié.
Même le comte était mort.
À la place des écuries, des prés et des champs de blé,
Son fils avait fait de grands vergers
et un élevage industriel de poulets.


On peut parfois par le vin ou par la colère
perdre la lumière
des yeux.
On peut parfois par le vin ou par la colère
perdre la lumière
des yeux.


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