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Les Spermatozoïdes

Ricet Barrier
Langue: français


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Les Spermatozoïdes

Chanson française – Les Spermatozoïdes – Ricet Barrier – 1987
Paroles et musique : Ricet Barrier – Bernard Lelou


spermatozoi ovulo


Ben voyons, Marco Valdo M.I., mon ami, si je m'attendais à ce que tu me proposes une chanson sur les spermatozoïdes... J'aurais compris une chanson sur les rats, les lions, les éléphants, les kangourous, les fourmis, les araignées, les mouches, les poissons, les baleines, les orques, les hiboux, les hirondelles, les aigles, les militaires même... mais les spermatozoïdes... Te serais- tu armé d'un microscope et lancé dans l'exploration microbiologique ? En somme, que viennent faire ces spermatozoïdes dans les Chansons contre la Guerre ?

Pour répondre à ta question, mon ami Lucien l'âne, cette chanson illustre de la façon la plus péremptoire qui soit le fait que la guerre – du moins celle qu'elle décrit entre les spermatozoïdes – durera autant que les espèces vivantes et sexuées. Et que d'une certaine manière, cette guerre est non seulement, inévitable, non seulement nécessaire, mais véritablement, indispensable... Sans elle, il n'y aurait ni hommes, ni ânes.

C'est donc une bonne guerre, si l'on peut dire, sans laquelle, si je la comprends bien cette chanson, ni toi, ni moi, ne serions ici pour en parler.

Exactement, Lucien l'âne mon ami, c'est une bonne guerre et c'est d'ailleurs la seule bonne guerre. Mais, et cela explique sa présence ici, elle illustre cependant aussi certaine dérive de la pensée libérale, à savoir précisément cette théorie fumeuse qui raconte que la guerre est inévitable, éternelle et nécessaire car elle servirait à réguler le bon fonctionnement des choses et en quelque sorte structurerait la vie entre les hommes. Tu sais bien, cette antienne qui rabâche que l'homme serait un loup pour l'homme, qu'il y existerait une sorte de « struggle for live » (de combat pour la vie, de guerre pour la vie)... Toute cette théorie libérale a effectivement du sens chez les spermatozoïdes et au-delà de l'univers des spermatozoïdes, elle ne peut persister que chez ceux qui une vision de spermatozoïde, ceux qui n'ont jamais atteint le stade de l'humanité...

Attends, Marco Valdo M.I., si j'entends bien ce qui se dit dans le monde de l'économie politique, de la politique... c'est aussi la vision de l'entrepreneur, de l'entreprise, du combat pour la richesse, des mécanismes de la croissance..., dit Lucien l'âne en souriant. C'est elle qui justifierait qu'il y ait des riches et des pauvres, c'est elle qui justifierait cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour être toujours plus riches, toujours plus forts, toujours plus hauts (il suffit de voir les tours qu'ils font construire...), toujours plus grands, toujours premiers...

Je crois, mon ami Lucien l'âne, tout âne que tu sois, que tu as parfaitement saisi qu'on touche ici, par le biais d'une chanson, à une question fondamentale qu'il est important d'élucider. Je vais la synthétiser ainsi : au niveau le plus primitif – c'est-à-dire au niveau des spermatozoïdes, il y a la guerre pour la vie... Cela est démontré par la chanson de Ricet Barrier et de fait, c'est incontestable, c'est un processus par élimination. Un peu comme dans l'univers olympique ou sportif... Au bout du compte, il y a le vainqueur, le premier ou dernier (c'est selon), il y a le plus fort, le plus endurant, le plus rapide... Tous les autres, tous les autres, rigoureusement, tous les autres doivent être éliminés pour que vive le vainqueur. Ce processus naturel est tout-à-fait pertinent chez le spermatozoïde, mais il me paraît absurde au-delà du stade prénatal. Une fois entré dans la vie, le petit être vivant a besoin d'être secouru, aidé, nourri, éduqué... Cela suppose une entraide, une coopération, une générosité, une mise en commun des efforts et des résultats de ces efforts. En un mot, une solidarité. C'est là que commence vraiment la vie – disons , consciente, organisée, intelligente et capable de s'aménager pour perdurer le plus possible dans les meilleures conditions possibles. Pour en rester aux humains, c'est là que commence l'humanité. J'insiste : l'humanité commence avec la solidarité.

Et bien, te voilà bien philosophant aujourd'hui... Marco Valdo M.I., mon ami. Cependant, je te rejoins, une fois entré dans la vie, il est absurde de penser comme un spermatozoïde et de se comporter comme un animalcule... Même si au début, on passe inévitablement par un stade infantile, où l'on conserve les instincts du spermatozoïde que l'on était peu auparavant... mais cela ne saurait durer et tend à disparaître au fur et à mesure de l'hominisation.

En effet, Lucien l'âne mon ami. L'entrée dans l'humanité, l'accession au statut d'être humain passe par le dépassement de l'infantilisme, l'abandon du goût de la domination, la liquidation de l'amour de la possession – des choses, des animaux et des gens, l'éradication de la volonté d'être le premier, la dissolution de l'ambition et de la manie d'être le meilleur...

Évidemment, il faut faire plaisir à maman.. mais quand même... C'est éminemment destructeur... Ce qui fait que dans cette société où nombre d'humains continuent à agir comme des spermatozoïdes, il importe de tisser le linceul de ce vieux monde où l'on tient comme maxime « que le meilleur gagne », en oubliant que l'on est six ou sept milliards (rien que dans l'espèce humaine), de tisser le linceul, dis-je, de ce vieux monde méritocratique, agonistique, libéraloïde, concurrentiel et cacochyme.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Nous sommes trois cents millions, massés derrière la porte
Trop serrés pour remuer, trop tendus pour penser
Une seule idée en tête : la porte la porte la porte
Quand elle s'ouvrira, ce sera la ruée
La vraie course à la mort, la tuerie sans passion
Un seul gagnera, tous les autres mourront
Même pas numérotés, seul un instinct nous guide
On nous a baptisés les spermatozoïdes

Le prix de la victoire, c'est une fille de joie
Nous sommes trois cents millions et un seul l'aura
Elle se fout du vainqueur, elle ne choisit même pas
Elle se donne à tout le monde, mais un seul à la fois
Elle attend bien tranquille dans son palais douillet
Le confort y est total, les serviteurs discrets
Pas de nuits, pas de jours, pas de bruit que l'amour
L'amour l'amour l'amour l'amour l'amour l'amour

Nous bougeons lentement faut pas s'ankyloser
Quand on est devant la porte, on voudrait s'arrêter
Si elle s'ouvrait maintenant, je serais bien placé
Mais non les autres poussent, ça y est, je l'ai dépassée
Et la ronde continue, la ronde des prisonniers
Mais ce que l'on attend, ce n'est pas la liberté
On ne se parle même pas, ce n'est pas la liberté
On ne se parle même pas, on garde les yeux baissés
On ne regarde pas ceux qu'il faudra tuer

Soudain on s'arrête tous, plus personne ne pousse
C'est l'instant qu'on attend, très subtil le changement
On n'y voit rien, mais on le sent; au dehors, ça bouge, ça bouge lentement
On espère, on redoute, on ne bouge plus, on écoute

Ça y est, c'est parti ! La porte est ouverte, c'est la ruée au dehors
Ne pas s'affoler, ne pas s'affoler, sinon c'est la mort
Ne pas partir trop vite, la distance est longue, faut pas s'essouffler
Déjà les premiers ont été massacrés, bousculés, piétinés
Ce qui se passe devant, ce n'est pas l'important, du moins pour l'instant
La mort vient dans le dos, c'est le croche-pied vicelard et le piétinement
Le fouet bien en main, j'en vois un qui s'approche, je l'attends
Il est à ma portée, je me retourne, vlan d'un coup de fouet, je le descends

Faut être attentif, tous les nerfs tendus, prévoir le danger
Tout ce qui se passe autour, il faut en être conscient, sentir et frapper
Quand l'un tourne le dos, s'il est à portée, on lui règle son sort
C'est la règle du jeu, la moindre pitié entraîne la mort
Sacré nom de dieu, un coup de fouet a sifflé juste derrière mes oreilles
Mais je dois être cinglé pour philosopher à un moment pareil
Le fouet tournoyant, je cavale à mort pour me dégager
Le danger écarté, je reprends mon train, faut pas s'énerver

Déjà la moitié, les trois quarts sont morts, ça s'est clairsemé
On court plus lentement, on piétine lentement, on est fatigués
Courir courir courir courir courir courir
Tenir tenir tenir tenir tenir tenir

Ceux qui ont la rage de vivre, il n'y a que ceux là qui tiennent
Maintenant on ne se bat plus, oh ! ce n'est plus la peine
Les mecs tombent un à un, morts avant de toucher le sol
Exténués épuisés vidés rincés ras le bol
C'est bon de se laisser choir, dormir comme les noyés
Mais ceux qui se laissent tomber, c'est pour l'éternité

Soudain, je l'aperçois, il est devant mes yeux
Il est là devant moi ce palais merveilleux
J'arrive ma toute belle encore un petit effort
Et je plonge dans la vie en sortant de la mort

Je ne suis pas le seul, deux mecs m'ont précédé
Tellement épuisés qu'ils ne trouvent pas l'entrée
Je leur tombe dessus, les écrase, les bouscule
Je leur piétine la gueule et j'entre dans l'ovule

Que c'est beau, que c'est beau
J'entre dans un paradis, elle est là cette garce de vie
Pendant neuf mois entre elle et moi
Ce sera l'Éden, le Nirvana
Je suis le vainqueur des trois cents millions

Je sors du néant, j'ai un nom

C'est merveilleux l'existence, ça commence par des vacances

Que c'est beau ! Que c'est beau !


Je vais en jouir à plein de ces neuf mois sans problème
Tranquille, baignant dans l'huile, sans amour et sans haine
Sans froidure, sans chaleur, surtout sans société
Parce que les autres les vaches, ils m'attendent à l'entrée

Tous les autres vainqueurs, ceux qui sont déjà dehors
Ils m'attendent pour se battre pour voir qui sera le plus fort
Mais quand je sortirai, il n'y aura plus de vacances
Pendant soixante dix ans, la bagarre recommence

C'est la vie, c'est la vie !

envoyé par Marco Valdo M.I. - 26/12/2011 - 22:04


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