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La Légende d'Itō Noe

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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La Légende d'Itō Noe


Chanson française – La Légende d'Itō Noe – Marco Valdo M.I. – 2011

D'après Victor Hugo et Georges Brassens (La Légende de la Nonne)
Sur une histoire « Terremoti giapponesi » (« Séismes Nippons ») de Riccardo Venturi.

Voici une histoire encor... Une histoire de mort... Une histoire que Riccardo Venturi, anarchiste de son état...

Il n'est pas le seul, dit Lucien l'âne en brayant tellement fort qu'il en a tellement effrayé la mort qu'à l'heure qu'il est, elle court encore. Donc, dis-moi, quelle peut bien être cette histoire et qu'a-t-elle de si particulier...

Mille choses, mon ami Lucien l'âne, dit Marco Valdo M.I. Mille choses, mon ami. Commençons, si tu le veux bien par le commencement. Comme tu le sais, je ne connais pas bien l'italien et dès lors, pour lire les récits de mon ami Ventu, récits qu'il publie sur son blog, il me faut traduire ses textes en langue d'oïl. C'est ainsi que j'ai traduit « terremoti giapponesi » - « Séismes nippons », qui raconte l'histoire d'une femme japonaise qui périt assassinée par un lieutenant et sa patrouille – en service commandé – suite au séisme qui détruisit Tokyo en 1923. Pour les détails, je te mettrai ci-après ma traduction du récit de R.V. Et de ce récit, j'imaginais une chanson,une canzone... Mais comment la faire ?

Donc, je résume : tu te connectes (car c'est ainsi, je crois, que l'on dit) au blog (ce doit être une sorte d'abréviation de bloc-note) de Riccardo et tu vois un texte intitulé « Terremoti giapponesi » , tu le traduis en »Séismes nippons » (voir ci-dessous) et tu imagines de faire une canzone...

C'est bien ça. Et j'avais bien envie de lui dédier dès hier, mais elle n'était encore qu'une sorte de rumination. En fait, je ne savais pas trop par où la prendre... Mais comme tu as vu, on vient coup sur coup de dédier deux chansons de Georges Brassens au Ventu ressuscité. En voici un vrai...

Oui, oui, je sais, on en a parlé hier ou avant-hier...

Et puis, je me souvenais d'une autre canzone, tirée elle aussi d'un texte de Ventu, elle s'appelait Signé Vittorugo. Donc voilà, dans ma tête, tout tournait : Brassens, Victor Hugo... Une histoire de femme tuée par un décret venu d'en haut... Soudain, un éclair : La Légende de la Nonne du père Hugo et la même, mais en chanson par Tonton Georges.



Et je me mis à composer la chanson que voici, intitulée : La Légende d'Itō Noe. Il me reste à e dire que cette femme était anarchiste dans un Japon des plus redoutables... et comme partout où il y a de l’État et du pouvoir, les anarchistes, on n'aime pas ça et même, on aurait un furieuse tendance à vouloir s'en débarrasser, à le mettre en prison, à les torturer, à les « suicider »... à les massacrer... et à les accuser de tous les maux du monde. Voilà pourquoi, elle fut éliminée sur ordre...

Ce vieux monde est décidément toujours pareil à lui-même et pourtant, il faudra bien qu'on le dissolve un jour... Cette histoire me renforce encore dans mon obstinée idée que nous devons sans trêve, sans relâche et quoi qu'il en coûte, tisser le linceul de ce vieux monde criminel, stupide, machiste et cacochyme...

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


SÉISMES NIPPONS.
Récit de Riccardo Venturi
Version de Marco Valdo M.I.

itonoe


Itō Noe était née le 21 janvier 1895 à Imajuku, sur l'île de Fukuoka. Comme pour toutes les Japonaises, l'attendait une vie d'obéissance absolue à toute forme d'autorité dans une société rigidement hiérarchique, codifiée, ritualisée. Par rapport aux Japonaises geishas, instruments à faire des enfants, prisonnières, exclues; Itō est une déviation.
Dotée d'un tempérament artistique, elle s'inscrit à l'école féminine de Ueno, à Tokyo; il ne lui aurait du reste pas été possible de faire autrement à une époque où n'existaient pas les classes mixtes (ni au Japon, ni ailleurs). À 15 ans, alors qu'elle est encore à l'école, elle épouse un certain Fukutaro, de vingt ans plus vieux qu'elle, qui s'engage à soutenir sa formation artistique et culturelle, mais ne tient pas sa parole. Du reste, Itō n'était pas le moins du monde amoureuse de lui et ne l'avait épousé qu'avec l'espoir d'aller aux États-Unis. Par la suite, elle confiera à sa sœur qu'une fois arrivés en Amérique, elle l'aurait immédiatement abandonné. Peu après son mariage, Itō se prit d'une grande amitié pour son professeur d'anglais, Jun Tsuji.

Jun Tsuji est de son côté quelqu'un qui a pris une autre route, absolument hors des chemins battus. C'est un anarchiste déclaré, et le premier traducteur en japonais de L'Unique et sa propriété de Makusu Sutiruneru, autrement dit Max Stirner. Une Japonaise de seize ans qui adhère à l'anarchisme est quelque chose d'absolument impensable dans le Japon des premières années du XXième siècle ; son amitié avec Jun Tsuji se transforme en amour et en engagement politique. Diplômée à 17 ans, Itō Noe entre à la Seitō-sha, une école artistique féminine semiuniversitaire ; presque immédiatement, elle commence à collaborer à la revue d'avant-garde « tranquille » publiée par l'école et qui porte le même nom.

À 18 ans et demi, elle quitte son mari, qui n'est même plus en état de la soutenir économiquaement ; six mois plus tard, elle épouse Jun Tsuji, dont elle a deux enfants. À vingt ans, elle est rédactrice en chef de la revue, à laquelle elle imprime un changement radical. De « tranquille » revue artistique féminine, néanmoins tenue à l'oeil et mal vue des autorités, Seitō devient une publication de critique sociale radicale et féministe. Un de ses premiers actes est la traduction et la publication de The Tragedy of Woman's Emancipation - La Tragédie de l'Émancipation féminine d'Emma Goldman; entretemps, Itō a rencontré un des principaux anarchistes japonais, Osugi Sakae, qui l'aida pour la traduction et la publication. Osugi, de son côté, est le rédacteur en chef de la revue libertaire Heimin Shinbun ("Journal de l'Homme du peuple"), succédant à son fondateur Sanshiro Ishikawa. Il le remplace car Sanshiro est en prison depuis 1908 pour activités subversives et incitation à la révolte sociale. En 1916, la revue est interdite et Itō Noe prend sa défense dans les pages de Seitō.

En traduisant ensemble Emma Goldman, Itō Noe et Osugi Sakae (qui ont respectivement à l'époque 21 et 30 ans) instaurent un rapport fondé sur l'amour libre, qui rencontre l'accord cohérent de Jun Tsuji. Dans le Japon traditionnel et conservateur, qui plaît tant aux fascistes de chez nous, la chose provoque un véritable séisme ; le scandale s'accroît encore quand Osugi est blessé au couteau dans une maison de thé par sa première amie, Masaoka Itsuko, elle-même militante féministe. Osugi était par ailleurs marié et sa femme Hori Yasuko était amie de Itō Noe.

Comme on peut s'y attendre, si le scandale n'épargne aucun des protagonistes, un acharnement encore plus grand fut réservé à Itō Noe, tout simplement car il s'agissait d'une femme. Au lieu des habituelles stupidités sur la préparation du thé, celle-ci se consacra à la fondation et au développement du mouvement féministe anarchiste japonais ; en 1921, elle fonda un groupe de femmes socialistes à Sekirankai, et elle continua à traduire les œuvres d'Emima Goruduman (Emma Goldmann) et de Kuropotikin (Kropotkine). Le mouvement anarchiste japonais atteint alors des dimensions telles qu'il préoccupa sérieusement les autorités, et quand es autorités sont préoccupées, la chose rime avec liquidation.

Le 1er septembre 1923, Tokyo fut rasée par un séisme qui provoqua plus de cent mille morts ; une des premières préoccupations du gouvernement et des forces armées japonaises fut de déclarer aux survivants que les anarchistes en profiteraient pour prendre le pouvoir et renverser l'Empereur. Dans les heures qui suivirent ce désastre, des patrouilles de police militaire furent envoyées non pour porter secours aux sinistrés, mais pour donner la chasser aux dangereux subversifs ; une d'entre elles retrouva Itō Noe e Osugi Sakae.

La patrouille est commandée par le lieutenant Masahiko Amakasu, qui arrête Itō, Osugi et le petit de ceux-ci, un enfant de six ans seulement. Le 16 septembre, tous les trois sont battus à mort, les cadavres sont jetés dans un puits, où ils sont retrouvés le jour suivant. Il se passe alors quelque chose d'inimaginable jusque là ; en dépit du chaos du tremblement de terre, le Japon entier s'insurge contre l'assassinat de deux anarchistes et de l'enfant. Les autorités, prises au dépourvu, sont contraintes d'arrêter le lieutenant Amakasu, qui est condamné à dix ans de prison à passer au pénitencier de Chiba. Après deux ans seulement, cependant, Amakasu est libéré bénéficiant de l'amnistie générale à l'occasion de l'intronisation de Hiro Hito comme Empereur.

Le fait fut présenté naturellement comme un « accident ». Ainsi, en effet, il est passé à l'histoire : l'Accident d'Amakasu. Pour faire face à l'indignation populaire, les autorités militaires japonaises recoururent à des expédients qu'il est facile d'imaginer : pommes pourries, épisode isolé, fatalité tragique... Je voudrais dédier tout cela à ceux qui se plaît encore aujourd'hui à caqueter plein d'admiration du Japon traditionnel, de « codes d'honneur », de Bushido et de Yukyo Mishima.

L'histoire serait finie là, s'il n'y avait deux ou trois petites choses à dire.

Le lieutenant Amakasu, une fois libéré, fut envoyé en douce étudier en France ; en 1931, nous le retrouvons, avec sa belle gueule de de merde de dalai lama, à Mukden en Mandchourie. Ce n'est pas n'importe quel poste ; il y a là justement un auter « incident » (l'incident de Mukden, précisément) ; le Japon en a profité pour envahir la Chine et pour instaurer l'Etat-fantoche du Mandchoukouo. Directement sous les ordres du chef local de l'espionnage japonais, Kenji Doihara, Amakasu s'occupa de la production et de la distribution de l'opium et de la contrebande de toutes sortes de choses dans le reste de la Chine. À un certain point, il est amené à s'occuper de deux autres choses seulement apparemment fort différentes l'une de l'autre : il organise la police de la nouvelle capitale mandchoue, Xinjing et il devient le chef de la Manchukuo Film, très puissant instrument de propagande.

Ce n'est pas un hasard si la figure de Masahiko Amakasu, le liquidateur extrajudiciaire des anarchistes japonais, se retrouve dans un film célèbre ; je parle, naturellement, du « Dernier Empereur »de Bernardo Bertolucci, où il est interprété par l'acteur Ryuichi Sakamoto. Le même Amakasu, du reste, eut un rôle décisif dans l'installation sur le trôn,e du Mandchoukouo del'ultime empereur de la dynastie Qing, Aixinjueluo Puyi. Le 20 août 1945, Masahiko Amakasu se suicide ; dans le film de Bertolucci, il se tire une balle dans la tête, tandis qu'en réalité, il ingéra une capsule de cyanure de potassium.
En 1969, l'histoire de Itō Noe e Osugi Sakae a été transposée dans un film qui est considéré comme un des premiers chefs d'œuvre de la Nouvelle Vague japonaise. Dirigé par Yoshishige Yoshida, il s'intitule Erosu purasu gyakusatsu, Eros + massacre. Dans ce film, considéré à l'époque, comme un séisme au Japon, deux étudiants mènent une recherche historique sur les faits, reflétant surtout les thèmes du libertarisme et de l'amour libre. À un certain moment, les personnages du passé et du présent se mélangent et se rejoignenet dans ces thématiques ; Itō Noe revient, et avec elle une histoire qui nous présente un Japon très éloigné des samurais et des lieux communs.

Venez vous dont l’œil étincelle
Pour entendre une histoire de mort
Approchez, je vous dirai celle
D'Itō Noe, belle fille au cœur d'or
C'était au temps où le Japon hélas
Tout entier vénérait l'autorité.
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Il est des filles trop sages à Tokyo
Il en est d'autres à Kyoto aussi
Qui soumises, toujours courbent le dos
Et à leurs maîtres demandent merci
Il en est même qui délassent
Le soir, les hardis chevaliers
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Souffrez donc que je vous étonne
À vous raconter Itō Noe
Car jamais jeunesse nippone
D'un feu plus ardent n'a brillé
Elle maudissait ceux qui entassent
Les cadavres sous leurs lauriers
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Rien ne domptait ce cœur farouche
Ni la menace, ni les cris des dieux
Et d'un mot de sa belle bouche
D'un signe de ses beaux yeux
Elle dénonçait les gens en place
Les samourais et les policiers
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Elle fut mariée à quinze ans à peine
À un homme trop vieux qu'elle n'aimait pas
Étouffant dans ce Japon à l'ancienne
Elle rêvait d'art et de débats
L'amour la saisit sans qu'elle s'en lasse
Pour un anarchiste déclaré
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Elle disait : Dans ce monde
Se battre contre les méchants !
Quel bonheur ! Quelle joie profonde !
Dans la lutte et dans les chants !
Là, quand les flics nous menacent
Les camarades sont nos boucliers ! »
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !


Un jour de mil neuf cent vingt-trois
Un séisme d'une ampleur insensée
Rasa Tokyo et massacra
Cent mille personnes de la contrée
Le gouvernement que le drame dépasse
Cherche des coupables à dénoncer
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Les anarchistes, la chose est claire
Voilà les véritables brigands
Et l’État sans faire de mystère
Envoie sur place un jeune lieutenant
Pour qu'il agisse et débarrasse
Le pays de ces exaltés
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Amakasu, sûr de bien faire
Arrête Itō, son homme et son petit
Il les bat, il les torture
Et enfin, jette leurs corps dans un puits
le peuple entier alors se lève, fait face
Et dénonce leur meurtrier
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Amakasu, dit la chronique
Par le peuple en prison conduit
Après deux ans de cette clinique
Est considéré comme guéri
Il retrouve vite une bonne place
De flic et d'assassin stipendié
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

Itō voulait, anathème !
Bon an, mal an, au fil des jours
Un monde où soient femmes et filles même
Égales aux hommes et qu'en l'amour
Les fureurs mâles fassent place
Aux caresses et à l'amitié
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers !

inviata da Marco Valdo M.I. - 26/9/2011 - 23:36


Et voici pour ceux qui aiment quelques versions de La Légende de la Nonne. Sans doute, en existe-t-il d'autres...

Lucien Lane


La Légende de la nonne – Barbara




La Légende de la Nonne – Thomas Fersen



La Légende de la Nonne – Gigliola Cinquetti



La Légende de la Nonne (in italiano) - Georges Brassens - Andrea Belli et Franco Pietropaoli

Marco Valdo M.I. - 28/9/2011 - 21:53


Je ne partage pas du tout votre avis concernant le capitaine Masahiko Amakasu ! Il est certain que cet officier à la mentalité de "samouraï" était un anticommuniste dévoué à son empereur et à son pays...mais il était aussi dôté d'une personnalité complexe et n'était pas la crapule que l'on décrit plus haut ! Il était même différent du Masahiko Amakasu incarné par Ryoichi Sakamoto dans "Le Dernier Empereur" de Bertolucci ! D'après de nombreuses personnes qui connurent Amakasu et furent des témoins directs du fameux incident où ces anarchistes furent massacrés...cette tuerie fut en fait perpétrées par plusieurs autres soldats et Amakasu ne fit que porter le chapeau de ce crime !
Lorsqu'il fut à la tête de "l'Association de Film du Manchukuo" il traita avec égard et de la même manière ses collaborateurs et employés Japonais et Chinois !
D'ailleurs nombres d'entre eux assistèrent aux funérailles d'Amakasu !

Joris - 29/1/2012 - 01:17

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